Pour savoir quelle landing page vend, ne vous fiez ni à Meta seul ni aux clics : rattachez chaque commande Shopify à la page par laquelle le client est arrivé, avec une règle écrite, puis comparez les pages sur les commandes, le coût par commande et le réachat. Voici comment je m'y prends, étape par étape.
Les landing pages que je construis sont suivies de la pub au réachat. C’est la partie la moins visible de mon travail, et celle qui change le plus les décisions : on se trompe souvent sur la page qui vend, quand on regarde les mauvais chiffres.
Pourquoi les chiffres ne concordent pas
Ouvrez Meta, Google Analytics et Shopify sur la même semaine : vous aurez trois chiffres différents. C’est normal.
- Meta s’attribue une vente quand le client a cliqué sur une pub dans les jours qui précèdent, parfois quand il l’a seulement vue. Il mesure ce que Meta pense avoir provoqué.
- Google Analytics perd les visiteurs qui refusent les cookies ou bloquent le suivi, et rattache la vente selon ses propres règles.
- Shopify compte chaque commande une fois, avec certitude. Mais il ne sait pas toujours d’où venait le client.
Aucun n’a tort, aucun ne suffit. Pour comparer des pages, il faut une source de vérité pour les commandes (Shopify), et une règle claire pour rattacher chaque commande à une page.
Étape 1 : des adresses et des UTM propres
Tout commence par des liens bien construits :
- une landing page par offre ou par public, avec sa propre adresse ;
- des paramètres UTM cohérents sur toutes les pubs et tous les emails : source, campagne, et si possible la pub ou le visuel ;
- pas de redirection qui fait perdre les paramètres en route.
Sans ça, on ne sait pas après coup qui est arrivé d’où, et aucun outil ne peut le deviner.
Étape 2 : retenir la page d’arrivée de chaque visite
Une visite commence sur une page : c’est elle qui a fait (ou non) son travail. On mémorise donc, pour chaque visite, la page d’arrivée et la source, puis on suit ce que fait cette visite : ajout au panier, début de paiement, commande, même si la commande se passe sur une autre page.
C’est la différence entre « combien de commandes ont eu lieu sur la page produit » (pas très utile) et « combien de commandes ont été amenées par la landing page A » (ce qu’on veut savoir).
Étape 3 : une règle de rattachement écrite
Un client peut arriver par une pub, revenir par un email, puis commander trois jours plus tard en tapant votre adresse. À quelle page revient la commande ? Il n’y a pas de bonne réponse universelle, il y a une règle à choisir et à garder :
- la première page d’arrivée (celle qui a fait découvrir la marque) ;
- la dernière page d’arrivée avant la commande (celle qui a décidé) ;
- ou une fenêtre : la page d’arrivée des X derniers jours.
L’important est de l’écrire, de l’appliquer partout pareil, et de pouvoir la vérifier sur de vraies commandes. Une règle qui change d’une semaine à l’autre rend toute comparaison fausse.
Étape 4 : comparer sur les bons chiffres
Pour chaque page, sur la même période :
| Chiffre | Ce qu’il dit |
|---|---|
| Visites | Combien de personnes la page a reçues |
| Taux d’ajout au panier | Si la page donne envie |
| Commandes rattachées | Si elle vend vraiment |
| Coût par commande | Dépense publicitaire de la page ÷ commandes rattachées |
| Panier moyen | Si l’offre fait monter le panier |
| Réachat | Si les clients qu’elle amène reviennent |
Le chiffre qui tranche le plus souvent : le coût par commande, mis en face du panier moyen. Une page qui convertit un peu moins mais amène des clients qui reviennent peut valoir bien plus qu’une page qui « convertit » des acheteurs d’une seule fois.
Étape 5 : comparer deux versions sans se tromper
- Même trafic, même période : deux versions comparées sur deux semaines différentes, c’est comparer deux semaines.
- Assez de commandes pour que l’écart ne soit pas du hasard. Sur un petit volume, testez de grosses différences (une autre offre, une autre promesse), pas la couleur d’un bouton.
- Une seule grande différence à la fois, pour savoir ce qui a joué.
- Décider sur les commandes, jamais sur les clics ou le temps passé.
Et on garde une trace de chaque test : hypothèse, dates, résultat, décision. Six mois plus tard, c’est la mémoire de ce qui marche pour votre marque.
Les outils
- Shopify propose des rapports par page d’arrivée et par source : une bonne base gratuite.
- Google Analytics 4 donne les sessions et conversions par page d’arrivée, à condition d’être bien installé (je détaille les erreurs fréquentes sur la page tracking Shopify).
- Meta et Google Ads donnent la dépense par campagne et par pub : il faut la ramener à la page de destination.
- Pour tout relier, j’utilise mon propre outil de suivi : il récupère chaque nuit les commandes Shopify, les segments Klaviyo et la dépense publicitaire, et affiche page par page le coût par commande et le réachat, selon la règle choisie avec le client.
Si vous construisez vos pages en même temps que le suivi, voir aussi créer une landing page Shopify qui convertit.
Questions fréquentes
Pourquoi Meta annonce plus de ventes que Shopify ?
Parce que Meta s'attribue une vente selon sa propre fenêtre (un clic dans les jours qui précèdent, parfois une simple vue de la pub), et qu'une même commande peut être revendiquée par Meta, Google et un email à la fois. Shopify, lui, compte chaque commande une seule fois. Pour comparer vos pages, partez des commandes Shopify.
Combien de commandes faut-il pour comparer deux landing pages ?
Assez pour que l'écart ne soit pas dû au hasard : quelques commandes de différence sur quelques dizaines ne prouvent rien. Donnez à chaque version le même trafic, la même période, et attendez d'avoir un volume de commandes qui rend l'écart net. Sur un petit budget, mieux vaut tester de grosses différences (une autre offre, une autre promesse) que des détails.
Google Analytics suffit-il pour suivre mes landing pages ?
Il donne une bonne base : sessions et conversions par page d'arrivée. Mais il perd une partie des visiteurs qui refusent les cookies, ne connaît pas votre dépense Meta par page, et ne suit pas le réachat. Pour décider où mettre le budget, il faut relier ces trois choses.
Faut-il une page différente par campagne ?
Pour mesurer, c'est l'idéal : une page par offre ou par public, chacune avec ses chiffres. Si plusieurs campagnes envoient sur la même page, distinguez-les au moins avec des paramètres UTM propres, pour savoir quelle pub amène quels clients.
Maxence Damarey · fondateur de Damdamlab, agence Shopify. Six ans fondateur d'une marque D2C sur Shopify, puis Team Lead Growth & CRO. Shopify Partner.